— Les réacteurs nucléaires ont redémarré au détriment de la sûreté,« Un accident de type Fukushima est possible »

Reporterre

By Marie Astier
8 janvier 2017

En raison de la vague de froid, la demande d’électricité est à son maximum, justifiant selon EDF, le redémarrage sans tarder de réacteurs inspectés par l’Autorité de sûreté du nucléaire. L’association l’Observatoire du nucléaire s’inquiète de cette célérité, selon elle au détriment de la sûreté. Elle a saisi la justice pour invalider trois remises en marche.

- Actualisation – Le Conseil d’État, par une décision du 18 janvier 2017, rejette les requêtes de l’association Observatoire du nucléaire, qui contestait la légalité des autorisations de redémarrage des réacteurs nucléaires Dampierre 3, Gravelines 2 et Tricastin 3, délivrées par l’Autorité de sûreté nucléaire à EDF. L’Observatoire du nucléaire contestait le redémarrage de ces réacteurs dans lesquels ont été constatés des malfaçons (lire article ci-dessous). Dans sa décision, le juge des référés estime que EDF a pris les précautions nécessaires et en particulier « des mesures conservatoires d’exploitation visant à réduire le risque de rupture brutale en réalisant des modifications de l’exploitation réacteurs ».


Reporterre a actualisé sa carte du parc nucléaire, détaillant la situation centrale par centrale.

Pour faire face à la vague de froid, a-t-on redémarré certains réacteurs nucléaires trop vite, faisant fi de la sûreté ? Météo France annonce – 6,4°C en moyenne ce mercredi en France métropolitaine, et le pic de 19 h devrait nécessiter l’appel d’une puissance de 95.000 mégawatts.

La demande en électricité est à son maximum, alors que cinq réacteurs nucléaires sont toujours à l’arrêt, contre un seul l’an dernier à la même période. Déjà en novembre, Réseau de transport d’électricité (RTE), qui est chargé d’assurer la fourniture de l’énergie en France, avertissait que la pointe serait « plus délicate à assurer que lors des hivers précédents, en raison de l’indisponibilité de plusieurs sites de production ».

En effet, de multiples arrêts de réacteurs nucléaires ont dû être programmés au cours de l’année 2016, après la révélation en avril, puis en juillet, de dizaines d’anomalies dans la conception des pièces équipant les réacteurs nucléaires. Reporterre vous a relaté en détail toute l’affaire. Après contrôle, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) autorise EDF à redémarrer les réacteurs les uns après les autres.

« Un accident de type Fukushima est possible »

« Mais il y a eu des pressions sur l’ASN. Voyant venir la vague de froid, EDF a fait tout son possible pour faire redémarrer ses réacteurs le plus vite possible », dénonce Stéphane Lhomme, directeur de l’association Observatoire du nucléaire. Pour lui, les conditions de sûreté ne sont pas réunies et « un accident de type Fukushima est possible ».

C’est pourquoi son association a demandé à la justice de suspendre trois des autorisations de redémarrage de l’ASN, pour les réacteurs Dampierre 3, Gravelines 2 et Tricastin 3. Pourquoi ces trois-là ? « Parce que ce sont les premiers qui ont été autorisés à redémarrer », explique Stéphane Lhomme. Les référés-suspension ont été examinés par le Conseil d’État vendredi 13 janvier, qui devrait donner sa décision au plus tard ce mercredi.

Les pièces sur lesquelles des malfaçons ont été découvertes sont les générateurs de vapeur, situés dans le bâtiment réacteur. Pour ces pièces, l’IRSN (l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire) explique qu’il y a « exclusion de rupture » : c’est-à-dire que les conséquences de leur défaillance seraient tellement grandes qu’elle n’est même pas prise en compte dans les scénarios de sûreté nucléaire.

« En particulier, l’acier des pièces proches du réacteur doit pouvoir résister à des chocs thermiques violents. À tout moment, on peut avoir besoin de déverser de l’eau froide sur les générateurs de vapeur », explique Stéphane Lhomme. Or, des concentrations de carbone anormales ont été repérées dans les cuves en acier des générateurs, les rendant potentiellement plus fragiles que prévu. La concentration maximale recommandée par l’ASN est de 0,22 %, alors que les contrôles ont montré que certaines zones dans les cuves présentaient une concentration allant jusqu’à 0,39 %. Pour l’Observatoire du nucléaire, les autorisations de l’ASN au redémarrage des réacteurs ne respectent donc pas son propre règlement, et violent le principe de précaution. Ce sont les raisons qui ont été invoquées devant le Conseil d’État.

Pour leur défense, l’ASN et EDF rappellent que les 0,22 % recommandés ne sont pas inscrits dans le droit, qui n’est donc pas enfreint. Surtout, selon eux le risque n’est pas si élevé que le craint l’Observatoire du nucléaire. « La rupture brutale [de l’acier] intervient en cas d’apparition simultanée de trois paramètres », indique l’ASN dans son mémoire, que Reporterre a consulté, au Conseil d’État : un matériau d’une « ténacité insuffisante », une fissure dans ce matériau et un choc thermique. La fragilité des cuves d’acier n’est donc pas dangereuse à elle seule, estime l’ASN.

« C’est du bricolage ! »

Et puis, le redémarrage des réacteurs est autorisé moyennant quelques précautions, appelées « mesures compensatoires ». Tout est fait désormais pour éviter les chocs thermiques, nous rassure l’autorité. Le fonctionnement des pompes susceptibles de déverser de l’eau brusquement sur le réacteur est par exemple modifié, les variations de température lors des démarrages et arrêts du réacteur sont limitées, etc.

« C’est du bricolage ! s’inquiète Stéphane Lhomme. Au départ, on sait que l’on peut avoir besoin de déverser de l’eau en urgence à tout moment, donc on a prévu un acier qui résiste aux chocs thermiques. Désormais, comme on n’est plus sûr qu’il résiste, on inverse et on fait tout pour les éviter. C’est faire comme si on constatait que les freins de la voiture sont usés, et qu’on décidait que désormais ce sera aux autres conducteurs de faire attention pour éviter d’avoir à freiner brutalement ! »

Autre inquiétude, comme l’ASN l’indique dans son mémoire, ces « mesures compensatoires » sont devenues « des mesures d’exploitation à part entière ». Autrement dit, « ils veulent continuer comme cela pendant des années, traduit Stéphane Lhomme. Or, la résistance de ces pièces va continuer de se dégrader, car elles sont continuellement soumises aux radiations et chocs thermiques. »

C’est pourquoi, selon Stéphane Lhomme, la décision de redémarrer les réacteurs aurait au moins valu « un débat national pour poser la question : les mesures de sûreté nucléaire sont-elles facultatives quand il fait froid ? »

Dans son mémoire, que Reporterre a consulté, au tribunal, EDF reconnaît avoir déjà donné sa réponse : l’arrêt des réacteurs présentant des malfaçons « en période de froid hivernal, où les besoins en production d’électricité sont accrus, poserait de graves problèmes pour la sécurité de l’approvisionnement énergétique ».

https://reporterre.net/Les-reacteurs-nucleaires-ont-redemarre-au-detriment-de-la-surete-11371

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— France: Nuclear reactors restarted to the detriment of safety; “a Fukushima-type accident is possible”

From Reporterre

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Les réacteurs nucléaires ont redémarré au détriment de la sûreté
by Marie Astier (Reporterre),
January 18, 2017

Due to the cold spell, demand for electricity is at its maximum, justifying according to EDF, the re-start without delay of reactors inspected by the Nuclear Safety Authority. The association Nuclear Observatory is worried about this speed, according to it to the detriment of safety. It appealed to the courts to invalidate three restarts.
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Update: The Council of State, by a decision of 18 January 2017, rejected the applications of the Nuclear Observatory Association, which challenged the legality of the authorizations for restarting the nuclear reactors Dampierre 3, Gravelines 2 and Tricastin 3, Nuclear Safety Authority at EDF. The Nuclear Observatory contested the re-launch of these reactors, which were found to be faulty (see article below). In its decision, the judge hearing the application for interim measures considers that EDF has taken the necessary precautions and in particular “precautionary measures of exploitation intended to reduce the risk of sudden rupture by making changes to the reactor operation”.
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Reporterre updated his map of the nuclear fleet, detailing the central situation by power station.
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To cope with the cold spell, have we rebooted some nuclear reactors too quickly, ignoring safety? Météo France announces – 6.4 ° C on average this Wednesday in metropolitan France, and the peak of 7 pm should require the call of a power of 95,000 megawatts.

Demand for electricity is at its peak, while five nuclear reactors are still stationary, compared with just one last year at the same time. Already in November, Electricity Transmission System (TEN), which is responsible for supplying energy to France, warned that the peak would be “more delicate to insure than in previous winters, by reason of unavailability of several production sites “.

Indeed, multiple stops of nuclear reactors had to be programmed during the year 2016, after the revelation in April and then in July, dozens of anomalies in the design of the parts equipping the nuclear reactors. Reporter told you in detail the whole matter. After checking, the Nuclear Safety Authority (ASN) authorizes EDF to restart the reactors one after another.

“A Fukushima-type accident is possible”

“But there was pressure on the ASN. Seeing the cold spell come, EDF has done everything possible to restart its reactors as soon as possible, “says Stéphane Lhomme, director of the association Nuclear Observatory. For him, the safety conditions are not met and “a Fukushima-type accident is possible”.

That is why his association has asked the courts to suspend three of ASN’s restarting authorizations for the Dampierre 3, Gravelines 2 and Tricastin 3 reactors. Why these three? “Because they were the first ones who were allowed to restart,” explains Stéphane Lhomme. The suspension and suspension were examined by the Council of State on Friday 13 January, which should give its decision no later than Wednesday.

The parts on which defects were discovered are the steam generators located in the reactor building. For these documents, the IRSN (the Institute for Radiation Protection and Nuclear Safety) explains that there is “exclusion of rupture”: that is, the consequences of their failure would be so great that Is not even taken into account in nuclear safety scenarios.

“In particular, the steel of the parts near the reactor must be able to withstand violent thermal shocks. At any time, it may be necessary to pour cold water onto the steam generators, “explains Stéphane Lhomme. Abnormal carbon concentrations have been identified in the steel tanks of the generators, making them potentially more fragile than expected. The maximum recommended concentration by the ASN is 0.22%, while the controls have shown that some zones in the tanks have a concentration of up to 0.39%. For the Nuclear Observatory, ASN’s authorizations to restart reactors do not comply with its own regulations and violate the precautionary principle. These are the reasons that were invoked before the Council of State.
In their defense, ASN and EDF recall that the 0.22% recommended is not included in the law, which is therefore not infringed. Especially, according to them the risk is not so high that feared the Nuclear Observatory. “The sudden rupture [of the steel] occurs in the event of the simultaneous appearance of three parameters”, indicates the ASN in its brief, which Reporterre consulted, to the Council of State: a material of “insufficient toughness” , A crack in this material and a thermal shock. The fragility of steel tanks is therefore not dangerous on its own, says the ASN.

“It’s DIY!”

And then, restarting the reactors is allowed with some precautions, called “compensatory measures”. Everything is done now to avoid thermal shocks, the authority reassures us. The operation of the pumps capable of pouring water abruptly onto the reactor is, for example, modified, the temperature variations during starting and stopping of the reactor are limited, etc.

“It’s DIY!” Worries Stéphane Lhomme. Initially, it is known that emergency water can be needed at any time, so a steel is resistant to thermal shocks. Henceforth, as it is no longer certain that it resists, we reverse and we do everything to avoid them. It is as if one noticed that the brakes of the car are worn, and that it was decided that now it will be the other drivers to be careful to avoid having to brake brutally! “
Another concern, as ASN indicated in its brief, is that these “compensatory measures” have become “operational measures in their own right”. In other words, “they want to continue like that for years,” Stéphane Lhomme translated. However, the resistance of these parts will continue to degrade because they are continuously subjected to radiation and thermal shocks. “
That is why, according to Stéphane Lhomme, the decision to restart the reactors would at least have been “a national debate to ask the question: are nuclear safety measures optional when it is cold? “
In its memorandum, which Reporterre consulted, in court, EDF acknowledges having already given its answer: stopping reactors with poor workmanship “in cold winter, where electricity needs are increased, would pose serious problems for the security of energy supply ‘.
Source : Marie Astier for Reporterre

https://reporterre.net/Les-reacteurs-nucleaires-ont-redemarre-au-detriment-de-la-surete-11371